Une start-up se pose en interface entre donateur et bénéficiaire
Fondée par deux anciens du WEF et du CICR, Wise, qui se lance à Genève, veut orienter les philanthropes dans leurs financements.
« La philanthropie, c'est un marché mondial d'environ
mille milliards de dollars de dons chaque année. Si on ne s'insère
pas dans le très fertile terreau existant chez nous, d'autres vont
le faire à notre place et l'occasion sera perdue. » Ce langage
d'homme d'affaires, ce sont deux professionnels du financement privé
d'aide au développement qui le tiennent. Installés depuis
le début de cette année à Genève, Etienne Eichenberger
et Maurice Machenbaum ont décidé de s'en servir de socle
pour bâtir leur business model et créer une société
ad hoc, Wise.
Cette start-up se positionne à l'interface entre les généreux
donateurs et leurs bienheureux récipiendaires. « Nous sommes les
facilitateurs entre les bailleurs de fonds et les organisations de développement
qui proposent les projets les plus utiles et les plus ciblés correspondant
aux attentes », expliquent ses promoteurs. Le calcul est simple : il y
a quantité de fortunes privées, en avoirs propres ou sous l'égide
d'une fondation, qui cherchent à s'investir dans des projets
de développement ou tout simplement d'aide. De l'autre côté,
les organisations soutenant un ou des projet abondent, sans qu'il soit
toujours facile de déterminer qui fait quoi, et avec quel degré
de respect pour le projet initial, sinon de compétence voire d'honnêteté.
Nombre de fortunes se sont égarées dans des projets mal calibrés,
beaucoup d'autres ne s'investissent pas, faute des connaissances
nécessaires pour s'aventurer dans cette jungle particulière.
Les partenaires complètent le « buy-side » et le
« sell-side »
La compétence que les deux entrepreneurs proposent, ils l'ont apprise
en se confrontant à la réalité. Maurice Machenbaum, licencié
en droit de l'Université de Genève, a un long parcours sur
le terrain du développement, notamment en Amérique latine. D'abord
volontaire, il professionnalise son approche pendant quelques années
au CICR avant de s'orienter auprès de Terre des Hommes. L'un
de ses thèmes de prédilection : l'organisation d'écoles
dans des régions qui en sont démunies. Du duo, c'est lui
qui entretient le réseau le plus étendu auprès des organisations
d'entraide.
Si la fonction de M. Machenbaum est assimilable au « sell-side »,
celle de son partenaire Etienne Eichenberger est plutôt « buy-side
» : Au bénéfice de ses études menées à
Saint-Gall, puis d'une carrière qui l'a emmené de
Nestlé à la Division pour le développement et la coopération
(DDC) du DFAE, avant de passer cinq ans au World Economic Forum, il a approché
la problématique du développement sous l'angle de ses sources
de financement. Son bagage compte quelques précieux contacts auprès
de bailleurs de fonds potentiels.
« Nous avons un accès direct aux donateurs »
C'est la complémentarité des deux profils qu fait la force
de l'entreprise. Le projet commun, les deux associés l'ont
initié début 2004 pour en définir précisément
les contours, avant de lui donner le vrai signal du démarrage au début
de cette année. « La maturation a pris un certain temps. Nous devions
définir les contours exacts de notre activité et la forme juridique
de notre société. » C'est la forme de la société
à responsabilité limitée qu a été retenue.
Le véritable actif de la société, outre l'expérience
de ses fondateurs, c'est la connaissance des réseaux et la facilité
d'accès aux personnes les plus concernées. « Nous
avons un accès direct aux donateurs, qu'ils soient des particuliers,
des gérants de fonds ou des banquiers privés à Genève
et dans le bassin lémanique », se réjouissent-ils. Il ne
s'agit pas de galvauder cet avantage en endossant le rôle du quémandeur
de subventions. Au contraire, leur démarche va dans l'autre direction
: « Nous ne démarchons pas les bailleurs. Au contraire, nous sommes
à l'écoute des donateurs et nous identifions à leur
intention les projets les plus à même de correspondre à
leurs attentes. Notre travail, c'est d'objectiver un acte fondamentalement
affectif en introduisant des contrôles croisés des bénéficiaires
éventuels, un examen en profondeur de leurs projets et même une
préparation de la sortie de l'investisseur, afin qu'il ne
soit pas pris au piège d'un projet où son financement serait
devenu indispensable. »
Wise se dit à la jointure entre le CICR et la banque privée
Après un bon semestre d'activité, la start-up parvient à
équilibrer ses comptes de fonctionnement (sans les salaires). Elle opère
déjà sur une base de sept clients, un chiffre qu'elle entend
doubler d'ici l'été 2006. Ses attentes se concentrent
aussi sur quelques partenaires stratégiques, à savoir des organisations
qui lui faciliteraient le travail d'orientation de ses propres fonds.
Ces partenariats lui permettraient d'assurer une base constante de chiffre
d'affaires.
« Nous nous appuyons sur une solide tradition genevoise », estiment
Maurice Machenbaum et Etienne Eichenberger. « Cette ville est aussi bien
reconnue pour le CICR que pour la banque privée. Nous nous trouvons juste
à la jointure des deux. »
