philanthropie

Agefi, 15 août 2005, par Yves Genier

Une start-up se pose en interface entre donateur et bénéficiaire

Fondée par deux anciens du WEF et du CICR, Wise, qui se lance à Genève, veut orienter les philanthropes dans leurs financements.

« La philanthropie, c'est un marché mondial d'environ mille milliards de dollars de dons chaque année. Si on ne s'insère pas dans le très fertile terreau existant chez nous, d'autres vont le faire à notre place et l'occasion sera perdue. » Ce langage d'homme d'affaires, ce sont deux professionnels du financement privé d'aide au développement qui le tiennent. Installés depuis le début de cette année à Genève, Etienne Eichenberger et Maurice Machenbaum ont décidé de s'en servir de socle pour bâtir leur business model et créer une société ad hoc, Wise.
Cette start-up se positionne à l'interface entre les généreux donateurs et leurs bienheureux récipiendaires. « Nous sommes les facilitateurs entre les bailleurs de fonds et les organisations de développement qui proposent les projets les plus utiles et les plus ciblés correspondant aux attentes », expliquent ses promoteurs. Le calcul est simple : il y a quantité de fortunes privées, en avoirs propres ou sous l'égide d'une fondation, qui cherchent à s'investir dans des projets de développement ou tout simplement d'aide. De l'autre côté, les organisations soutenant un ou des projet abondent, sans qu'il soit toujours facile de déterminer qui fait quoi, et avec quel degré de respect pour le projet initial, sinon de compétence voire d'honnêteté. Nombre de fortunes se sont égarées dans des projets mal calibrés, beaucoup d'autres ne s'investissent pas, faute des connaissances nécessaires pour s'aventurer dans cette jungle particulière.

Les partenaires complètent le « buy-side » et le « sell-side »
La compétence que les deux entrepreneurs proposent, ils l'ont apprise en se confrontant à la réalité. Maurice Machenbaum, licencié en droit de l'Université de Genève, a un long parcours sur le terrain du développement, notamment en Amérique latine. D'abord volontaire, il professionnalise son approche pendant quelques années au CICR avant de s'orienter auprès de Terre des Hommes. L'un de ses thèmes de prédilection : l'organisation d'écoles dans des régions qui en sont démunies. Du duo, c'est lui qui entretient le réseau le plus étendu auprès des organisations d'entraide.
Si la fonction de M. Machenbaum est assimilable au « sell-side », celle de son partenaire Etienne Eichenberger est plutôt « buy-side » : Au bénéfice de ses études menées à Saint-Gall, puis d'une carrière qui l'a emmené de Nestlé à la Division pour le développement et la coopération (DDC) du DFAE, avant de passer cinq ans au World Economic Forum, il a approché la problématique du développement sous l'angle de ses sources de financement. Son bagage compte quelques précieux contacts auprès de bailleurs de fonds potentiels.

« Nous avons un accès direct aux donateurs »
C'est la complémentarité des deux profils qu fait la force de l'entreprise. Le projet commun, les deux associés l'ont initié début 2004 pour en définir précisément les contours, avant de lui donner le vrai signal du démarrage au début de cette année. « La maturation a pris un certain temps. Nous devions définir les contours exacts de notre activité et la forme juridique de notre société. » C'est la forme de la société à responsabilité limitée qu a été retenue.
Le véritable actif de la société, outre l'expérience de ses fondateurs, c'est la connaissance des réseaux et la facilité d'accès aux personnes les plus concernées. « Nous avons un accès direct aux donateurs, qu'ils soient des particuliers, des gérants de fonds ou des banquiers privés à Genève et dans le bassin lémanique », se réjouissent-ils. Il ne s'agit pas de galvauder cet avantage en endossant le rôle du quémandeur de subventions. Au contraire, leur démarche va dans l'autre direction : « Nous ne démarchons pas les bailleurs. Au contraire, nous sommes à l'écoute des donateurs et nous identifions à leur intention les projets les plus à même de correspondre à leurs attentes. Notre travail, c'est d'objectiver un acte fondamentalement affectif en introduisant des contrôles croisés des bénéficiaires éventuels, un examen en profondeur de leurs projets et même une préparation de la sortie de l'investisseur, afin qu'il ne soit pas pris au piège d'un projet où son financement serait devenu indispensable. »

Wise se dit à la jointure entre le CICR et la banque privée
Après un bon semestre d'activité, la start-up parvient à équilibrer ses comptes de fonctionnement (sans les salaires). Elle opère déjà sur une base de sept clients, un chiffre qu'elle entend doubler d'ici l'été 2006. Ses attentes se concentrent aussi sur quelques partenaires stratégiques, à savoir des organisations qui lui faciliteraient le travail d'orientation de ses propres fonds. Ces partenariats lui permettraient d'assurer une base constante de chiffre d'affaires.
« Nous nous appuyons sur une solide tradition genevoise », estiment Maurice Machenbaum et Etienne Eichenberger. « Cette ville est aussi bien reconnue pour le CICR que pour la banque privée. Nous nous trouvons juste à la jointure des deux. »



© Thierry Parel

«(…)Il n'y a rien de plus puissant qu'un entrepreneur social avec une grande idée.»

William Drayton, Chairman, Ashoka