philanthropie

Le Temps, 5 octobre 2005, par Jean-Claude Péclet

Donner? Wise en fait une expertise

La société tisse des partenariats entre gens fortunés et entrepreneurs sociaux.

La philanthropie est une chose trop sérieuse pour être laissée au seul bon cœur. Ce constat a réuni Maurice Machenbaum et Etienne Eichenberger à l'automne 2004. Le premier a plus de dix ans d'expérience dans le domaine du développement social. Le second, après un diplôme HEC et un stage chez Nestlé, a travaillé pour la Coopération suisse et le World Economic Forum. Ensemble, ils ont fondé Wise («sage» en anglais), qui est aussi l'acronyme anglophone de «wealthy individual» et «social entrepreneur».

Leur société de conseil, qui vient de recevoir le soutien de l'association Genilem, fonctionne comme interface professionnelle et indépendante entre des donateurs à la recherche d'un projet adéquat dans la jungle des organisations humanitaires, et les bénéficiaires de cette aide. Wise compte déjà une dizaine de clients qui ont engagé au total 1,2 million de francs sur le terrain, certains pour plusieurs années.

Un exemple? Héritant d'un montant important, le client d'une banque genevoise a demandé à son gestionnaire une idée correspondant à ses moyens et à ses idéaux. Après avoir examiné plusieurs dossiers, le gestionnaire a retenu Wise et sa proposition d'investir dans Vargas, une fondation qui prend en charge des personnes âgées défavorisées.

En phase de lancement, Wise dégage des revenus «suffisants pour assurer nos deux salaires depuis cet été. Nous avons même une certaine visibilité pour la suite», précise Etienne Eichenberger. Le système de rémunération «sépare clairement les honoraires basés sur le conseil du don lui-même, pour ne pas gonfler artificiellement ce dernier».

Si les banques et certains «family offices» proposent déjà du conseil philanthropique, il existe une demande pour des donations variant entre 100 000 et quelques centaines de milliers de francs. Plus de 10000 fondations d'utilité publique sont recensées en Suisse, «dont plus de la moitié créées après 1993», souligne Maurice Machenbaum. Genève, où sont établis les deux fondateurs de Wise, bénéficie d'un double effet d'image: la qualité de sa place financière et sa tradition humanitaire.

Mais Genève présente aussi un inconvénient de taille: les déductions fiscales pour les dons (5% du revenu net au maximum) sont parmi les plus restrictives de Suisse. La plupart des cantons vont jusqu'à 10%, certains comme Zurich jusqu'à 20%. En matière de philanthropie, la Suisse reste loin derrière les Etats-Unis.



© Thierry Parel

«(…)Il n'y a rien de plus puissant qu'un entrepreneur social avec une grande idée.»

William Drayton, Chairman, Ashoka