Conseillers pour philanthropes
Nouvelle tendance Deux Genevois ont créé la société
Wise, qui offre du sur-mesure humanitaire aux donateurs fortunés.
« Donner son argent nécessite autant de rigueur et de professionnalisme
que d'en gagner »: ainsi s'est exprimé Bill Gates, fondateur de
Microsoft et qui, comme tant d'autres, choisit ses propres organismes privés
pour ses dons humanitaires.
Cette pratique a été suivie par des mécènes, essentiellement
en Angleterre et sur la Côte est américaine. Elle fait également
son apparition en Suisse, à travers la société Wise , ce
qui tendrait à confirmer que cette nouvelle tendance prend de l'ampleur.
Certains philanthropes (mécènes, entreprises, familles, banques
privées notamment) sont prêts à investir financièrement
pour provoquer un impact social Mais ils souhaiteraient mieux contrôler
leurs dons.
Forts de leurs expériences professionnelles, deux Genevois de 34 ans
ont voulu créer ce trait d'union entre les attentes des uns et les besoins
des autres, pour reprendre l'un de leurs slogans. Etienne Eichenberger et Maurice
Machenbaum ont lancé à la fin 2004 leur organisation Wise[50],
terme évoquant la sagesse, le professionnalisme, la confiance. Mais aussi
acronyme formé par la rencontre entre des philanthropes dotés
d'un patrimoine important (Wealthy Individuals) et des leaders de projets sociaux
animés d'un esprit d'entreprise (Social Entrepreneurs).
« Nous travaillons sur ce projet depuis quelques années déjà
», relève Maurice Machenbaum . Comment offrir des opportunités
à certains projets, porteurs d'un authentique impact social, mais qui
n'ont pas accès aux ressources ? s'interroge Etienne Eichenberger. Notre
but, c'est de remplir ce manque, mettre en valeur le domaine social et l'excellence
de la gestion du patrimoine à Genève, leur trouver un point de
rencontre. »
Un moyen, mais aussi un but
Selon les deux fondateurs, ils ne représentent pas une concurrence pour
les grands organismes bien établis, mais plutôt une alternative
pour les philanthropes qui désirent conseils et encadrement sur mesure.
« A notre connaissance, nous sommes les seuls en Suisse à assurer
l'identification et le suivi du projet, de sa genèse jusqu'à sa
mise en œuvre, puis son application et sa consolidation pour le compte
de privés, précisent Etienne Eichenberger et Maurice Machenbaum
qui se sont inspirés de certains groupes qui existaient déjà
à l'étranger.
Pour les deux directeurs de Wise[50], la philanthropie est avant tout un moyen
pour un but. « Les donateurs avec lesquels nous travaillons ne se contentent
pas de verser de l'argent, expliquent Etienne Eichenberger et Maurice Machenbaum
. Ils peuvent mesurer comment leur argent a permis de créer un impact.
»
Un service sur mesure qui répond à certains critères bien
établis. Un donateur doit s'engager pour une période de 3 à
5 ans, à raison d'au moins 100 000 francs annuels. De plus, actuellement,
pour des raisons d'efficacité, Wise se concentre sur l'Amérique
latine et l'Asie du Sud-Est.
Cinq projets différents
La méthode semble séduire, avec déjà un million
de francs engagés pour divers programmes. Le choix du projet dépend
bien évidemment du philanthrope. « L'un d'entre eux s'intéressait
à la problématique de l'enfance défavorisée au Pérou,
souligne Maurice Machenbaum . Nous l'avons accompagné sur place, où
il a pu précisément se faire une idée. » Résultat:
un projet qui conjugue de vrais besoins et ses propres aspirations.
A ce jour, Wise travaille sur cinq projets différents. En plus du Pérou,
le groupe est actif en Colombie (enfants handicapés et personnes âgées),
en Argentine (comment renforcer le leadership des jeunes), au Brésil
(technologie de l'information pour les personnes défavorisées)
et au Vietnam (intégration des jeunes pauvres, orphelins et enfants de
la rue dans le marché du travail).
Solide expérience humanitaire
Les créateurs de Wise totalisent chacun plus de dix ans dans le domaine
humanitaire et social. Etienne Eichenberger fut responsable de programmes au
sein du World Economic Forum pendant quatre ans, après avoir été
stagiaire pour Nestlé Inde, consultant pour la Fondation Avina et co-fondateur
de Casa Alianza Suisse. Il a passé deux longs séjours au Chili
et en Argentine.
Quant à Maurice Machenbaum après s'être lancé comme
éducateur des rues bénévole au Honduras, il est devenu
le bras droit du directeur de Casa Alianza pour l'Amérique latine (au
Costa Rica), avant de fonder et diriger une antenne au Nicaragua, puis de travailler
pour Terre des Hommes Lausanne, en tant que responsable de programme pour l'Amérique
latine et les Caraïbes.
Détail important: le 100 % de l'argent versé par les philanthropes
est utilisé pour les projets choisis. Les directeurs ne bénéficient
que de quelques honoraires, qui, si tout va bien, devraient leur permettre bientôt
de se constituer un modeste salaire.
Formé par leurs deux seules personnes, épaulé par quelques
volontaires, le bureau genevois pourrait s'agrandir d'une ou deux unités,
pas plus. « Notre but reste l'élargissement des bases locales,
pas à Genève », affirment-ils Informations sur: www. wise.
net
