philanthropie

Tribune de Genève; 30.06.2005, Par Olivier Breisacher

Conseillers pour philanthropes
Nouvelle tendance Deux Genevois ont créé la société Wise, qui offre du sur-mesure humanitaire aux donateurs fortunés.
« Donner son argent nécessite autant de rigueur et de professionnalisme que d'en gagner »: ainsi s'est exprimé Bill Gates, fondateur de Microsoft et qui, comme tant d'autres, choisit ses propres organismes privés pour ses dons humanitaires.
Cette pratique a été suivie par des mécènes, essentiellement en Angleterre et sur la Côte est américaine. Elle fait également son apparition en Suisse, à travers la société Wise , ce qui tendrait à confirmer que cette nouvelle tendance prend de l'ampleur.
Certains philanthropes (mécènes, entreprises, familles, banques privées notamment) sont prêts à investir financièrement pour provoquer un impact social Mais ils souhaiteraient mieux contrôler leurs dons.
Forts de leurs expériences professionnelles, deux Genevois de 34 ans ont voulu créer ce trait d'union entre les attentes des uns et les besoins des autres, pour reprendre l'un de leurs slogans. Etienne Eichenberger et Maurice Machenbaum ont lancé à la fin 2004 leur organisation Wise[50], terme évoquant la sagesse, le professionnalisme, la confiance. Mais aussi acronyme formé par la rencontre entre des philanthropes dotés d'un patrimoine important (Wealthy Individuals) et des leaders de projets sociaux animés d'un esprit d'entreprise (Social Entrepreneurs).
« Nous travaillons sur ce projet depuis quelques années déjà », relève Maurice Machenbaum . Comment offrir des opportunités à certains projets, porteurs d'un authentique impact social, mais qui n'ont pas accès aux ressources ? s'interroge Etienne Eichenberger. Notre but, c'est de remplir ce manque, mettre en valeur le domaine social et l'excellence de la gestion du patrimoine à Genève, leur trouver un point de rencontre. »

Un moyen, mais aussi un but
Selon les deux fondateurs, ils ne représentent pas une concurrence pour les grands organismes bien établis, mais plutôt une alternative pour les philanthropes qui désirent conseils et encadrement sur mesure. « A notre connaissance, nous sommes les seuls en Suisse à assurer l'identification et le suivi du projet, de sa genèse jusqu'à sa mise en œuvre, puis son application et sa consolidation pour le compte de privés, précisent Etienne Eichenberger et Maurice Machenbaum qui se sont inspirés de certains groupes qui existaient déjà à l'étranger.
Pour les deux directeurs de Wise[50], la philanthropie est avant tout un moyen pour un but. « Les donateurs avec lesquels nous travaillons ne se contentent pas de verser de l'argent, expliquent Etienne Eichenberger et Maurice Machenbaum . Ils peuvent mesurer comment leur argent a permis de créer un impact. »
Un service sur mesure qui répond à certains critères bien établis. Un donateur doit s'engager pour une période de 3 à 5 ans, à raison d'au moins 100 000 francs annuels. De plus, actuellement, pour des raisons d'efficacité, Wise se concentre sur l'Amérique latine et l'Asie du Sud-Est.

Cinq projets différents
La méthode semble séduire, avec déjà un million de francs engagés pour divers programmes. Le choix du projet dépend bien évidemment du philanthrope. « L'un d'entre eux s'intéressait à la problématique de l'enfance défavorisée au Pérou, souligne Maurice Machenbaum . Nous l'avons accompagné sur place, où il a pu précisément se faire une idée. » Résultat: un projet qui conjugue de vrais besoins et ses propres aspirations.
A ce jour, Wise travaille sur cinq projets différents. En plus du Pérou, le groupe est actif en Colombie (enfants handicapés et personnes âgées), en Argentine (comment renforcer le leadership des jeunes), au Brésil (technologie de l'information pour les personnes défavorisées) et au Vietnam (intégration des jeunes pauvres, orphelins et enfants de la rue dans le marché du travail).

Solide expérience humanitaire
Les créateurs de Wise totalisent chacun plus de dix ans dans le domaine humanitaire et social. Etienne Eichenberger fut responsable de programmes au sein du World Economic Forum pendant quatre ans, après avoir été stagiaire pour Nestlé Inde, consultant pour la Fondation Avina et co-fondateur de Casa Alianza Suisse. Il a passé deux longs séjours au Chili et en Argentine.
Quant à Maurice Machenbaum après s'être lancé comme éducateur des rues bénévole au Honduras, il est devenu le bras droit du directeur de Casa Alianza pour l'Amérique latine (au Costa Rica), avant de fonder et diriger une antenne au Nicaragua, puis de travailler pour Terre des Hommes Lausanne, en tant que responsable de programme pour l'Amérique latine et les Caraïbes.
Détail important: le 100 % de l'argent versé par les philanthropes est utilisé pour les projets choisis. Les directeurs ne bénéficient que de quelques honoraires, qui, si tout va bien, devraient leur permettre bientôt de se constituer un modeste salaire.
Formé par leurs deux seules personnes, épaulé par quelques volontaires, le bureau genevois pourrait s'agrandir d'une ou deux unités, pas plus. « Notre but reste l'élargissement des bases locales, pas à Genève », affirment-ils Informations sur: www. wise. net



© Thierry Parel

«(…)Il n'y a rien de plus puissant qu'un entrepreneur social avec une grande idée.»

William Drayton, Chairman, Ashoka